LE MONDE | 28.05.09 | 15h24 • Mis à jour le 28.05.09 | 16h58
Colombo, envoyé spécial
Des chiffres étouffés. Des rapports sans suite. Un bilan des victimes très vraisemblablement sous-estimé. Des principes reniés.
Bien qu’elle ait disposé d’éléments accablants sur la conduite de l’armée sri-lankaise, la hiérarchie de l’ONU a, selon une enquête du Monde, gardé le silence, de peur de compromettre ses activités dans ce pays.Tandis que se préparait ce qu’elle a fini par décrire comme un “bain de sang”, l’ONU a fait le choix de la conciliation avec Colombo, au risque de faillir à son devoir envers des centaines de milliers de civils en danger.
Le refus de l’ONU de publier le bilan des victimes est emblématique. Tout au long de l’offensive de l’armée contre l’une des plus vieilles et des plus violentes guérillas dans le monde, les séparatistes des Tigres de l’Eelam tamoul (LTTE), une cellule onusienne a collecté et recoupé des données auprès d’employés locaux de l’ONU, d’ONG, de médecins ou de prêtres.
Son total, entre le 20 janvier et le 13 mai (une semaine avant l’assaut final), est de 7 720 morts (dont 678 enfants) et 18 465 blessés (dont 2 384 enfants). Il y a eu “une tentative de suppression systématique de ce matériel”, affirme un officiel onusien.
Quand les chiffres ont été communiqués à la presse par des voies détournées, le coordonnateur local de l’ONU, Neil Buhne, a exigé d’être, désormais, le seul destinataire de ces bilans. En public, les responsables onusiens ont pris leurs distances avec ces chiffres.
Le Républicain 05/02/09
9 février 2009
Au coeur du centre éducatif fermé de Champagne
13 décembre 2008
Le CEF (centre éducatif fermé) de la ferme de Champagne a été ouvert l’an dernier. Il dépend de la P.J.J (Protection Judicière de la Jeunesse).
L’objectif de ces centres est de proposer une alternative à l’emprisonnement de mineurs auteurs de plusieurs infractions. A la différences d’un centre pénitentiaire, les jeunes bénéficient d’un suivi adapté et peuvent y suivre des formations professionnelles. L’abri en bois que l’on trouve aux Prés Saint-Martin (inauguré pendant la campagne municipale) est par exemple le fruit du travail de jeunes du centre.
Le reportage qui suit m’a semblé intéressant. Il montre bien l’intérêt de cette structure où l’insertion est placée au cœur du dispositif carcéral.
Dans le centre éducatif fermé (CEF) de Savigny-sur-Orge où nous rencontrons [Ahmed* et Philippe*] ce dimanche matin, ils nous racontent leur expérience carcérale.
« La prison ne nous a rien enseigné. Au contraire », clament-ils. Le premier, incarcéré dès ses 14 ans, a appris « tout ce qu’il ne fallait pas », notamment des techniques de cambriolage, parce que, dit-il, il voulait « faire comme les plus grands ». Le second refusait toute activité, passait ses journées devant la télévision et se souvient du froid dans sa cellule à l’heure de s’endormir. [...] Cela fait un mois qu’ils ont intégré ce centre fermé, le seul en Ile-de-France pour les 16-18 ans : 10 places pour 500 demandes d’admission chaque année.
Sa directrice, Raphaëlle Cade, est une belle femme de 35 ans aux cheveux blonds, dosant écoute et fermeté. La veille au soir, une chambre a été mise à sac. Elle a porté plainte et suspendu toutes les activités prévues pour la journée. Les relations sont parfois chaotiques ; l’adaptation des nouveaux, difficile. Rien n’est toléré. Une odeur de cannabis : dépôt de plainte. Une fugue : présentation du mineur devant le juge. Jusqu’à une nouvelle incarcération éventuelle. Selon elle, les adolescents ayant connu l’enfermement sont souvent plus faciles à gérer : « Ils savent ce que c’est. Ils n’ont pas envie d’y retourner. Mais la prison, il ne faut pas que ça dure. Là-bas, ils ne sont pas assez sollicités pour vouloir passer à autre chose. Le suivi dont a besoin un mineur est souvent absent. »
A Savigny, les « nouveaux pauvres » de l’Epicerie sociale
4 décembre 2008
Reportage
LE MONDE | 03.12.08 | 14h58
Les prix sont affichés sur l’étagère à titre indicatif. Le litre de lait et le paquet de spaghettis sont à 60 centimes d’euro. Le brick de soupe monte à 0,95 euro et, ce mardi 2 décembre, une promotion propose 12 yaourts à 0,80 euro. Mais à Savigny-sur-Orge (Essonne), une cité de 35 000 habitants de la banlieue Sud de la région parisienne, l’Epicerie sociale, ouverte toute l’année, n’a rien d’un magasin low cost. On y trouve aussi des légumes, des produits frais, des surgelés, des couches pour bébés et des plats préparés proches de la date de péremption, fournis par le supermarché local.
Cité résidentielle et pavillonnaire d’employés et de cadres moyens, Savigny n’a rien de « sensible ». Au guichet de l’Epicerie sociale, certains signes ne trompent pas : « En 2008, la fréquentation a augmenté de 20 %. Comme en 2007″, note Henri Barbier, son président.
Parmi les « nouveaux pauvres », on accueille ici des personnes de plus en plus jeunes, mais aussi 5 % à 10 % de retraités « qui ont du mal à boucler les fins de mois ». Deux fois par semaine, une quarantaine de personnes, en grande majorité des femmes, attendent patiemment leur ticket. En dernier recours, elles ont été envoyées par l’assistante sociale, le centre d’action sociale de la commune ou les associations caritatives. Selon les revenus de la famille, elles bénéficient d’un montant de provisions pour la semaine, évalué entre 20 et 47 euros, dont elles n’ont à payer que 10 % de la somme.
Avec ses deux enfants de 3 ans et 16 mois, Hélène, une jeune trentenaire sans travail, ne dispose que des 724 euros de l’allocation de parent isolé. Son F2 de la cité de Grand-Vaux lui coûte 400 euros de loyers. Le logement est au nom de son compagnon qui l’a abandonnée, en la privant de l’allocation logement. Voilà bientôt six semaines qu’elle fait son marché à l’Epicerie sociale. Selon le règlement, elle peut encore en profiter pendant un mois et demie. Mais après ?
« Les 2 rivières » dans la presse régionale
22 octobre 2008
Les maisons de quartier au bord de la faillite
Louise Colcombet | 16.10.2008, 07h00
ILS DEVRAIENT être fixés sur leur avenir aujourd’hui. Les 22 salariés des maisons de quartier de Savigny attendent avec impatience la décision du tribunal de grande instance d’Evry, qui doit statuer sur le sort de l’association les Deux Rivières. La structure, gestionnaire des trois maisons de quartier de la ville (Plateau, Grand-Vaux et Prés-Saint-Martin), est au bord de la faillite.
Sauf coup de théâtre, le tribunal devrait placer l’association en redressement judiciaire, comme l’a préconisé mardi matin le procureur, avec une période d’observation de deux mois.
Une décision qui permettrait de débloquer les salaires des animateurs, qui n’ont pas été payés en septembre, mais aussi de clarifier la situation. La mairie avait bien entamé une reprise en main en limogeant en septembre le président de l’association. C’est la maire adjointe aux affaires sociales en personne qui en a repris les rênes.
« Hors de question de laisser tomber ces structures »
Sauf que depuis l’annonce de la faillite, il y a une dizaine de jours, les maisons de quartier se disent dans le flou. « Il y avait un problème de gestion. On ne nous donnait pas de ligne budgétaire pour organiser les activités, témoigne une animatrice. Mais on ne savait pas que ça allait si mal ! On nous dit de continuer comme si de rien n’était, mais on ne sait pas où on va. » L’organisation des sorties d’été, qui se planifient en principe en ce moment, est par exemple suspendue. En signe de protestation, lundi soir, les animateurs ont organisé une grève du zèle, avec le soutien des bénévoles.
Les habitants commencent aussi à se poser des questions. « Ce matin (NDLR : hier), on m’a demandé quand on allait fermer », poursuit l’animatrice, inquiète. Animation le mercredi, prévention avec les ados, soutien scolaire, cours d’alphabétisation pour les adultes… les maisons de quartier touchent toutes les tranches d’âge, soit 900 à 1 000 personnes.
De son côté, la municipalité, si elle n’a pas souhaité communiquer plus avant, a fait savoir qu’il était « hors de question de laisser tomber ces structures ». Dans tous les cas, ces dernières, qui dépendent uniquement des subventions de la ville, devront se serrer la ceinture et plusieurs emplois pourraient être supprimés.
Le Parisien
Grand-Vaux dans la presse (Le Parisien 05/06/08)
5 juin 2008

Savigny-sur-Orge Grand-Vaux a le blues
DES BARRES d’immeubles plantées le long de l’autoroute, bien loin du centre-ville, de grands espaces verts entre les tours et un bras de l’Yvette qui coule, tranquille, au pied des immeubles. Bienvenue à Grand-Vaux, quartier d’environ 5 000 habitants, répartis entre HLM et immeubles privés. Une cité « défavorisée », au taux de chômage supérieur à la moyenne mais où, de l’avis de tous, il n’est pas désagréable de vivre. Pourtant, le malaise y est patent.
« SOS Médecins ou les livreurs refusent de venir, alors que depuis des années le quartier est calme ! »
Ces temps-ci, celui-ci se cristallise autour de la question éducative. Au collège, les parents d’élèves protestent contre la baisse des moyens. Ils ont occupé l’établissement la semaine dernière et doivent décider aujourd’hui de la suite de leur mouvement. Au groupe scolaire Saint-Exupéry, c’est la vétusté des locaux qui est dénoncée. « Quand on en a parlé à la mairie, on nous a ri au nez ! » s’agace une mère de famille, lâchant le mot qui revient souvent au sujet de Grand-Vaux, « abandon ». « Ici, on est des pestiférés ! » confirme une habitante de longue date.
Dans le quartier, la rumeur attribue même à Jean Marsaudon, député-maire (UMP) depuis 1983 (qui n’a pas souhaité s’exprimer), des propos déplaisants. « Qu’il l’ait vraiment dit ou pas, c’est un fait : le maire s’en fout de Grand-Vaux », soupire, résignée, Evelyne, 76 ans – dont trente dans le quartier.
Ici, la question des services fâche également. Le centre commercial, florissant il y a une quinzaine d’années, est en pleine déroute. Poissonnerie, coiffeurs, boucherie, magasin de chaussures… ont tous fermé. Dernier en date, le supermarché Franprix, qui a déserté la cité l’été dernier. La mairie a bien fait revenir une supérette dans les locaux mais, pour les habitants, ce n’est qu’un pis-aller. « On n’y va que pour du dépannage », explique Evelyne. Surtout, nombreux sont ceux qui dénoncent le rachat une à une des cellules commerciales par la mairie. Locaux qui, pour l’heure, restent désespérément vides.
Côté santé, outre la pharmacie, seul reste un kiné dans le quartier. Le pédiatre, le dentiste et le médecin sont partis il y a des années. L’antenne de la poste, elle, n’est ouverte que le matin… et pas le mercredi. « SOS Médecins ou les livreurs refusent de venir, alors que depuis des années le quartier est calme ! » s’agace Aurélie, mère de deux enfants.
Une réalité confirmée par le commissariat local. Les nouveaux arrivés relativisent : « C’est une cité, mais on n’est pas aux Tarterêts », souligne un jeune père de famille. « Oui, on est plutôt mieux qu’ailleurs, il y a de la verdure, reconnaît Mohammed, copropriétaire. Mais la nature était là avant Marsaudon ! »
Louise Colcombet
Le Parisien , jeudi 05 juin 2008

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